Le sénégalo-vietnamien
Badou parle :
« Je suis né à Hué, c’est au Vietnam. Mon père était tirailleur sénégalais et a fait la guerre pour la France en Indochine. Il y a rencontré ma mère et nous sommes restés au Vietnam jusqu’à mes douze ans. Le retour vers Marseille s’est fait en paquebot. C’était un très long voyage. Mes parents ont essayé de trouver du travail en France, mais il n’y avait pas de place pour eux. Nous y avons pourtant séjourné plus d’un an, avant de reprendre un bateau pour Dakar.
La France a payé une petite pension à mon père militaire et nous avons vécu simplement à Dakar. J’ai eu la chance de recevoir une bonne éducation, d’aller à l’école. J’ai fait toute ma carrière comme Pompier à Dakar.
Maintenant que je suis vieux, j’essaye de vivre décemment avec ma famille de ce petit restaurant-hôtel sur la plage de Djifer. Ma femme travaille dur, c’est une bonne femme. Je garde mes enfants à la maison quand ils ne vont pas à l’école, car ils ne doivent pas se mêler à cette population de pêcheurs qui n’a pas d’éducation. »
Ses yeux se perdent alors dans le vide et il poursuit : - J’ai encore de la famille à Hué, un oncle et des cousins. J’aimerais bien les revoir avant de mourir. Mais le billet d’avion …
Puis me regardant rêveusement dans les yeux : - Où vas–tu avec ton bateau ?
- Eh bien, nous allons loin, nous devons faire le tour du monde pour revenir en France
- Je connais bien les bateaux, je suis certain que je pourrais t’être utile à bord si tu veux m’emmener au Vietnam. Je ferai la cuisine
- Heu … Badou, cela va être difficile, il faut des papiers en règles, des visas, etc …
- On peut s’arranger ! Combien de temps mettras-tu pour arriver au Vietnam ? Deux, trois mois ?
- Non, Badou, nous ne pourrions y être que dans trois ans
- Trois ans …c’est bien long
L’étincelle dans les yeux noirs de Badou vient de s’éteindre.
Dakar - Novembre 2005